Sérigraphies

Série d'illustrations des déesses et monstres de la Méditérranée. Les dieux et déesses sont les métaphores que se donnent les civilisations pour parler d’elles-mêmes, de leurs pulsions et de leurs conflits. Le fait de reprendre des déesses issues d’époques et de mondes différents est un geste d’unification destiné à matérialiser la mondialisation du féminisme, et à aller chercher des alliées symboliques dans le passé. De plus, les mythes ne sont pas des narrations figées mais au contraire des instruments de réflexion vivants, certes issus du passé mais sans cesse réinvestis par les questionnements du présent.

La méduse est un monstre de la mythologie grecque. D’après Jean Clair, c’est une figure qui traverse toute l’histoire de l’art depuis l’antiquité, et qui est une métaphore de la capacité de l’artiste à recréer le monde en le regardant et se l’appropriant. Le « masque » de la Gorgone porte en lui la question du regard et de son pouvoir. Le fait que dans le mythe originel la Méduse soit un être malfaisant éliminé par le héros Persée peut être vu comme un symbole de la peur du regard féminin par les hommes et de leur volonté de les faire ‘rentrer dans le rang’. Le regard est un instrument de domination, et le mythe peut être lu comme une illustration de la peur des hommes d’être réifiés par le regard féminin. C’est ainsi que les femmes ont été le plus souvent dans l’histoire de l’art les ‘objets’ mais beaucoup plus rarement les sujets créant leur propres images du monde.
Ainsi la Méduse est un archétype de la créativité féminine.
On notera que la Méduse est un personnage ambigu car sa tête ornera l’égide de la déesse Athéna afin de terroriser ses ennemis, comme si même décapitée sa tête gardait une forme de vie.
Ce monstre est également ambigu au niveau de son genre, car les premières représentations la figuraient avec une barbe.
C’est également un des symboles du féminisme qui sert de titre au livre-manifeste d’Hélène Cixous « le rire de la méduse »en 1975. La méduse représente le corps féminin réprimé par le patriarcat. Dans son livre, H. Cixous se moque de la psychanalyse et de ses conceptions figées du genre et de la féminité.
Le slogan queer « nos désirs font désordre » est contemporain, il joue sur l’ironie de l’expression connue « vos désirs sont des ordres » en la détournant pour mettre en avant le caractère subversif des sexualités sortant du cadre normatif hétérosexuel.